Décès du Professeur Pierre Colman : un an déjà
Hommage /
8 décembre 2024
Pour de nombreuses générations d’historiens de l’art formées dans notre alma mater, c’est un véritable maître qui nous a quittés, à un moment qu’il a choisi en pleine conscience, ce 8 décembre 2023, à l’âge de 92 ans.
Licencié en histoire de l’art de notre université en 1954, Pierre Colman est aussitôt recruté par les ACL, qui deviendront bientôt l’Institut royal du Patrimoine artistique. Il y est chargé de l’inventaire photographique du patrimoine de la ville de Liège. C’est dans ce contexte qu’il s’est familiarisé avec les multiples pièces d’orfèvrerie cachées dans les recoins des sacristies. Il y consacrera sa thèse de doctorat, qui a notamment conduit à d’importantes révisions et qui l’ont amené à succéder à Suzanne Collon-Gevaert à l’ULg.
Les révisions permanentes, c’est une approche qu’il a constamment privilégiée, en combattant l’esprit de clocher et en allant même, selon cette logique, jusqu’à attribuer au domaine byzantin une certaine cuve qui avait toujours été considérée comme le chef-d’œuvre de l’art mosan… Durant sa carrière universitaire et bien après son départ à la retraite en 1996, il a publié des dizaines et des dizaines de contributions relatives à de multiples aspects de l’art liégeois, bien au-delà de l’orfèvrerie : architecture, sculpture, peinture, mobilier, décors… ont retenu la sagace attention de celui qui se demandait qui étudierait l’art liégeois si les Liégeois ne le faisaient eux-mêmes !
Largement reconnu en Belgique pour la rigueur de ses travaux, il a siégé dans de multiples instances scientifiques et académiques, au premier rang desquelles l’Académie royale de Belgique, dont il assura la présidence en 1995. Membre de l’IAL dès 1952, il en accepta la présidence en 1993-1994.
Mais s’il a surtout marqué son temps, c’est par l’exigence de son enseignement, qui a profondément imprégné ses nombreux élèves. À telle enseigne qu’on a souvent entendu dire des diplômés d’histoire de l’art que, finalement, ce qu’ils avaient retenu de leurs études, c’était surtout l’enseignement de Pierre Colman, fondé sur une rigueur méthodologique devant conduire à une tête bien faite plutôt qu’à une tête bien pleine. Considérant que le fond passait par la forme, il fut toujours d’une exigence sans faille à cet égard, créant parfois quelques traumatismes. Les virgules de toutes ses publications se transforment aujourd’hui en larmes…
Par Pierre-Yves Kairis
Vous pouvez consulter l’ensemble des publications scannées du Pr. Colman sur ORBi (répertoire institutionnel de l’Université de Liège).
Le Pr. Colman a également participé à plusieurs podcasts de l’émission « D’art et d’histoire de Liège » sur RCF Radio en 2022-2023. Écoutez-les ici.
Photo prise lors des 50 ans du Centre d’étude des Primitifs flamands, en 2005. © IRPA-KIK, Bruxelles (cliché X003189).